Section 8 : Relation entre les idées fondamentales, p47

1. L'ordre dans lequel nous avons présentées ces cinq idées fondamentales est logique : l'une appelle l'autre... (cf alinéa 2, à garder pour synthèse orale)

2. Le raisonnement suivi à partir de l'idée de coopération sociale, n'est pas une argumentation déductive.

3. L'idée de la société comme système équitable de coopération est ici hissée (théoriquement) au rang d'idée organisatrice centrale de la société. Mais aucune idée organisatrice centrale ne peut se justifier par la seule vertu de son caractère intrinsèquement raisonnable. Il faut qu'en plus, ses aboutissants en matière de conception de la justice tiennent la route.

Section 9 : L'idée de jutification publique, p48

1. Sixième et dernière idée fondamentale. Elle implique celles d'équilibre réfléchi (section 10), de consensus par recoupement (section 11) et de raison publique libre (section 26).
L'idée de justification publique est liée à la notion de "société bien ordonnée". Dans ces sociétés, la justice est publiquement reconnue. Trois aspects font de la justification une conception politique :
(a) Elle a un objet, la structure de base, et c'est à lui seul qu'elle s'applique directement
(b) Elle n'a à être raisonnable que du point de vue de son objet. Aucun rapport, donc, avec une doctrine englobante.
(c) Elle s'articule autour d'idées fondamentales qui dérivent directement de ce qui fonde la notion de "société démocratique". (question stupide, mais je me demande pourquoi Rawls ne dit jamais simplement "démocratie"...; si le mot se trouve dans ces notes (je crois avoir osé une fois), c'est schématique de ma part... je ne l'ai pas lu une fois dans le texte !)

2. Il y a dans une société bien ordonnée, une base principale, admise par tous, et qui permet aux citoyens de justifier leurs engagements politiques. Car évidemment, un monde sans conflits est impossible. Il importe donc qu'une justification publique le soit, pour répondre aux indécis, aux opposants, aux suspicieux. Et cette justification publique porte au-delà de la simple argumentation valide. Tout le raisonnement doit être basé sur du communément admis, et chaque conclusion, chaque étape du système mis à jour au fil des déductions successives, doit satisfaire le même critère.
"Pour que la justice comme équité réalise son objectif, elle doit être acceptable, non seulement en regard de nos propres convictions bien pesées, mais également en considération de celles des autres, et cela à tous les degrés de généralité, de manière à atteindre un équilibre réfléchi plus ou moins étendu et général."(p50-51)

3. Si un accord total est impossible, il importe au moins de s'entendre sur la question de la structure du gouvernement ("pouvoirs des branches législative, exécutive et judiciaire, limites de la règles de majorité, etc") et celle des droits et libertés fondamentaux.
D'autres questions (économiques par exemple) resteront forcément hors de ce cadre, que Rawls juge pourtant essentiel, parce qu'il est la première condition d'une "coopération politique et sociale entre citoyens libres et égaux".

4. Le but de la justification publique est de "préserver les conditions d'une coopération sociale efficiente et démocratique". Elle se distingue des justifications politiques basées sur des doctrines englobantes qui affirment une "vérité"... Dans ces remarques, c'est l'intuitionnisme rationnel et l'utilitarisme qui sont plus particulièrement visés (l'auteur défend, on s'en doute, un libéralisme politique).
La justification publique doit au contraire réduire les désaccords sur les questions constitutionnelles essentielles, tout en restant compatible avec n'importe quelle doctrine. "Lorsque cet objectif est atteint, nous obtenons un consensus par recoupement de doctrines raisonnables (section 11), et la conception politique est alors affirmée en équilibre réfléchi".

Section 10 : L'idée d'équilibre réfléchi, p52


1. On part de l'idée que les citoyens possèdent des facultés de raison, ainsi qu'un sens de la justice. Ils sont ainsi capables d'émettre ce qu'on appelle des"jugements bien pesés". C'est à dire, des jugements impartialement justes, non déviés par des tentations quelconques, et formulés dans une situation où celui qui les émet a tout intérêt à ce qu'ils soient justes, où raison et sens de la justice peuvent donc s'exercer sans restrictions.

2. Seulement, même des jugements bien pesés peuvent entrer en conflit. Il n'est pas rare que chez un même individu, deux réponses à deux problèmes de niveaux de généralité différents, se contredisent. (car on peut aussi bien juger le particulier que le général)
Pour Rawls, la cohérence est importante. Résorbatrice de conflits intérieurs et de polémiques insolubles.
C'est dans cette optique qu'il propose un accord au niveau de la structure de base, et sous "voile d'ignorance", pour que d'autres niveaux de généralité ne viennent pas, avec les intérêts dont ils sont porteurs, parasiter le jugement des partenaires. Cela permettrait, alors, un accord raisonnable sur des questions cruciales dont les réponses ne peuvent émaner que de la communauté.

3. On en vient à la notion d'équilibre réfléchi à proprement parler. Deux nuances :
-l'équilibre réfléchi est étroit si une personne admet, sans la rapporter à toutes celles qui existent déjà, la conception de la justice politique qui lui demandera le moins de révision possible dans ses convictions bien pesées. Elle aligne ensuite ses jugements dessus.
-il est étendu dans le cas contraire.
Il est évident que Rawls privilégie le second type d'équilibre réfléchi.

4. Dans une société bien ordonnée, on retrouve cet équilibre réfléchi étendu à tous, donc généralisé. On parle alors d'équilibre réfléchi complet (situation limite, idéale). Mêlé à l'idée de justification, cet équilibre n'est pas fondationnaliste : il admet tous types de jugements bien pesés, il est compatible avec tous et n'impose aucune doctrine englobante. C'est l'une des bases de la justification publiquen car la condition d'un "accord raisonnable sur les questions de justice politique".

Section 11 : L'idée d'un consensus par recoupement, p56

1. On introduit l'idée d'un consensus par recoupement (raisonnable) pour injecter une dose de réalisme à celle de société bien ordonnée. Si, dans ce genre de société, tout le monde s'accorde sur la même conception politique de la justice, c'est pour des raisons différentes, qui tiennent aux doctrines d'appartenance et donc aux conceptions du bien de chacun. Toutes les doctrines s'unissent donc dans la conception de la justice publiquement admise.

2. Chaque citoyen vit selon deux conceptions :
-la conception politique de la justice
-sa doctrine englobante et systématique, qui englobe alors la première ; ou, s'il n'en n'a pas, une conception plus relâchée des choses, qui implique cependant qu'un poids particulier soit dévoyée à la conception politique. cf section 58 pour ce que cela implique.

3."Toute conception politique a une vision du monde politique et social et reconnaît (cinq) faits généraux de sociologie politique et psychologie humaine" :
-le fait du pluralisme raisonnable
-le fait de l'oppression : un Etat fondé sur une doctrine ne peut qu'en passer par là pour la maintenir (exemple : l'Inquisition ; mais aussi les sociétés morales à la Kant ou à la Mill)
-pour qu'un régime démocratique soit durable et sûr, il faut un accord de base, même entre des citoyens soutenant des doctrines irréconciliables
-"la culture politique d'une société démocratique qui a fonctionné raisonnablement bien pendant une période considérable de temps, contient normalement, au moins implicitement, certaines idées fondamentales appropriées à un régime constitutionnel"

4.Ces idées exigent d'être précisées. Pourquoi y a-t-il pluralisme raisonnable, par exemple, si l'on part du principe que l'on est en société bien ordonnée ?
Rawls refuse les raisons trop faciles qui en appellent aux intérêts personnels et aux erreurs de jugement. Il met plutôt cela au compte d'obstacles qui empêcheraient le plein déploiement des facultés de raison et de jugement. L'erreur ne viendrait donc pas de la personne (sa bêtise ou son immoralité, puisque c'était bien là l'accusation sous-jacente). Cinq sources de "burdens of reason" (difficultés de jugement) :
(a) les preuves relatives à une question politique ne sont pas évidentes
(b) désaccord sur l'importance des considérations les unes par rapport aux autres
(c) tout concept est un peu vague... et en discuter nécessite toujours une part d'interprétation
(d) divergences dues à "l'expérience complète" des personnes : leur parcours personnel fait qu'elles évaluent et pondèrent différemment, respectivement les preuves et les valeurs.
(e) "Il existe souvent des considérations normatives de sortes différentes et de poids varié des deux côtés d'un débat, et il est difficile de produire une évaluation d'ensemble" (en note, Rawls renvoie à l'avis d'Isaiah Berlin sur la question du pluralisme des valeurs en société démocratique)
Le cinquième fait général, enfin :
- nos jugements sur "les valeurs politiques de base" sont énoncés dans un contexte qui ne permet pas d'exercer totalement ses facultés raisonnables.

5.Ceci posé, il ne faut surtout pas s'enfoncer dans un secpticisme qui consisterait à penser qu'aucun accord n'est possible, que les valeurs individuelles ne peuvent nulle part, jamais, se recouper, et que toute valeur reconnue fait signe vers une volonté individuelle qui aurait dicté ses intérêts.
On a vu quelles difficultés de jugement sont à l'origine de l'inéradicabilité du fait du pluralisme en démocratie. (bien que Rawls ne nie pas les travers égoïstes...)
Le consensus par recoupement apparaît comme la seule solution démocratique possible à ce fait.
"(...) nous recherchons une conception politique de la justice qui puisse gagner le soutien d'un consensus par recoupement raisonnable afin de servir de base publique de justification" (p62)

6. Deux remarques pour finir :
-Toutes les doctrines englobantes existantes ne sont pas compatibles avec les valeurs démocratiques. En résulte un conflit dont on ne peut présumer l'issue
-Toutefois, la conception politique de la justice doit être établie en faisant abstraction de toutes les doctrines englobantes. Elle doit être acceptable et raisonnable en elle-même, sans tentative inutile pour réconcilier l'irréconciliable ou s'attirer l'allégeance générale.
Plus tard, dans la cinquième partie, Rawls s'emploiera à montrer pourquoi il croit en la justice comme équité et en quoi elle lui semble réaliste.

Fin de la première partie

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DEUXIEME PARTIE : PRINCIPES DE JUSTICE

Section 12 : Trois points essentiels, p65


1. But de cette seconde partie :
-réfléchir au contenu des principes de justice et à leur raison d'être
-répondre aux objections

Trois points, pour commencer :
-Dans la justice comme équité, les principes doivent être les meilleurs possibles pour une société démocratique.

2. -La structure de base a un effet sur les inégalités économiques et sociales, elles-mêmes causées par des facteurs aussi divers que la classe d'origine, les talents, l'accès à l'éducation, etc. Le tout est donc d'organiser cette structure de façon à ce que les citoyens soient aussi libres et égaux que possible.

3. -"La justice comme équité est une forme de libéralisme politique". Elle dérive d'un problème inhérent au principe de régime démocratique : comment des citoyens libres et égaux peuvent-ils s'accorder alors qu'il y a pluralisme raisonnable ?
Le libéralisme politique de Rawls répond à cette difficulté par la notion de justification publique. Il n'importe pas de légiférer sur tout, mais, les "questions constitutionnelles essentielles" doivent au moins être résolues via des valeurs communes, acceptables par tous. Le problème est donc ici déplacé, et peut-être, de fait, rendu soluble : il ne s'agit plus désormais que de trouver ces valeurs communes et de les décrire politiquement (pour se faire une idée des critères qui rendent politique une description, voir pp66-67)

4. "Compte tenu de ces trois points, notre question peut être formulée ainsi : dès que l'on conçoit une société comme un système de coopération entre citoyens tenus pour libres et égaux, quels sont les principes de justice les plus appropriés pour spécifier les droits et les libertés,et pour régir les inégalités économiques et sociales entre les citoyens qui concernent leurs perspectives de vie complète ?"

Section 13 : Deux principes de justice, p69

1. Suite aux critiques de H.L.A.Hart en 1973, Rawls reformule les deux principes de justice, déjà présents dans la Théorie de la Justice. Ils deviennent :
(a) "Chaque personne a une même prétention indéfectible à un système pleinement adéquat de libertés de base égales, qui sont compatibles avec le même système de libertés pour tous ;"
(b)  "Les inégalités économiques et sociales doivent remplir deux conditions : elles doivent d'abord être rattachées à des fonctions et des positions ouvertes à tous dans des conditions d'égalité équitable des chances ; ensuite, elles doivent procurer le plus grand bénéfice aux membres les plus défavorisés de la société (le principe de différence)"
Ces principes sont hiérarchisés, énoncés selon leur ordre d'importance (dans la Théorie de la Justice, Rawls appelle cela un "ordre lexical"). Ainsi, l'égalité équitable des chances ne doit pas être satisfaite au détriment du droit aux mêmes libertés;  de même, au sein du point (b), il y a un ordre d'importance entre les deux sous-principes (le principe de différence arrive en dernier).

2. Quelques mots sur la reformulation des deux principes. Celle du second étant minime, c'est par celui-ci que l'on commence.
L'ancienne formulation implique le concept d'égalité formelle des chances, tandis que la nouvelle parle d'égalité équitable des chances. La différence étant que dans le premier cas, l'accès à tous les postes est simplement ouvert à tous... tandis que dans le second cas, tous ceux qui disposent des mêmes talents innés ont la même opportunité de les développer, ainsi que leurs goût, etc. En bref, l'éducation est accessible à tous, sans condition de situation sociale. Il va sans dire que cela s'applique aussi à des domaines plus larges que celui de l'individu.
L'égalité est ici pensée en termes libéraux.

3. Au niveau du premier principe, plusieurs modifications sont survenues.
D'abord, on parle de "libertés de base égales", au pluriel, alors que la Théorie de la Justice (§11) parlait de "liberté de base". Pour Rawls, aucune liberté ne peut être dite supérieure à une autre, et le premier principe inclut justement une liste de libertés. Seul le droit à l'intégrité physique pourrait éventuellement surpasser ce système de libertés primordiales, mais la question est à peine effleurée dans le livre, sous forme d'une note de cinq lignes...

4. Remarque : on peut établir la liste des libertés fondamentales de deux façons. L'une, historique, l'autre, analytique. La démarche de la manière analytique est intéressante. Elle revient à partir du résultat que l'on souhaite atteindre par l'établissement d'une justice comme équité. On prend donc comme présupposé la société bien ordonnée, et l'on essaie de décider des libertés fondamentales en fonction des caractéristiques majeures des citoyens d'une telle société. On l'a vu plus haut, le plus important, ce sont les deux facultés morales des citoyens : leur sens de la justice et leur capacité à réviser et réaliser leur conception du bien. On comprend bien que les libertés d'un système de justice dont le résultat est une société bien ordonnée, doivent permettre à ces facultés morales de s'exercer.
C'est ainsi que Rawls peut dresser la liste suivante :
-libertés politiques égales et liberté de penser --> elles permettent l'exercice du sens de la justice
-liberté de conscience et liberté d'association --> elles sont en accord avec la seconde faculté

5. Ce paragraphe revient sur la prépondérance du premier principe par rapport au second. Que signifie-t-elle ?, et quelle est sa portée dudit principe ? On assiste ici à une véritalbe interprétation de l'auteur par lui-même.
Le plus important, à suivre Rawls, c'est que le peuple doit conserver, par dessus tout, ses libertés politiques. Et les avantages économiques ou sociaux (par exemple, ceux prônés par le principe de différence, qui est finalement une sorte de réajustement économique ou social), ne passent qu'après.
Implicitement, la constitution (écrite ou non) est alors tenue de faire respecter les libertés liées au premier principe, puisque ce sont elles les plus cruciales au regard de la souveraineté du peuple. (je ne sais pas si le mot "souveraineté" peut convenir).

6. Evidemment, les deux principes sont aussi politiques l'un que l'autre. Mais leur niveau d'abstraction est différent, et c'est le premier qui garantit vraiment la liberté politique, forgeant alors au second tout son sens. Il est plus fondamental, parce qu'il intervient avant dans le processus d'élaboration et de mise en oeuvre des principes de justice. Ce processus se déroule en quatre étapes, explique Rawls :
-l'adoption des principes par les partenaires (voile d'ignorance)
-la mise en oeuvre de la constitution : c'est ici qu'intervient le premier principe
-l'écriture des lois : le second principe concerne cette étape
-la pratique
Ainsi, le premier principe, qui porte sur les questions constitutionnelles cruciales, engendre le second, qui est sa mise en application, sa dérivation sous forme de lois, son contexte institutionnel.
En outre, parce qu'ils se situent à deux niveaux différents de l'échelle des généralités, ils ne peuvent être admis au même degré : le premier principe peut être le fruit d'un accord, mais dès que l'on passe au second, c'est un vrai tissu de questions complexes, économiques, sociales, qui prend forme. Et chacun de juger selon ses opinions et ses inférences propres.

7. Conclusion du paragraphe :
-lien entre l'idée de questions constitutionnelles essentielles à l'idée "d'opposition loyale".
-transition vers la suite du chapitre, qui traitera du principe de différence : description, difficultés "consubstantielles", etc.

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Section 14 : Le problème de la justice distributive, p78

1. Ce chapitre fait le point sur la justice distributive. Elle est en quelque sorte le résultat du principe de différence. Elle s'exprime sous forme de règles concernant les institutions, et son but est de permettre la perénité d'un système de coopération sociale.
Une erreur grossière consisterait à la confondre avec la justice attributive, qui se contente de veiller à la répartition des biens.

2. En fait, explique Rawls, une justice distributive efficace ne peut qu'appeler à une juste attribution des biens. C'est sans doute de ce genre d'avantage qu'il était question plus tôt dans le livre : un citoyen qui fait des efforts de coopération pourra revendiquer légitimement certains biens ("richesse" et "revenus", plutôt). Il n'est donc pas besoin du concept de justice attributive, puisque tout part du "contexte institutionnel". Les "titres" en sont la conséquence, et donc, la légitimité des revendications aussi.

3. Dans le paragraphe précédent, la redistribution des richesses était qualifiée d'illustration par rapport à la "justice procédurale du contexte social". L'auteur s'explique ici sur ce que cela signifie : "Le terme de contexte dans l'expression (...) employée plus haut a pour fonction d'indiquer que certaines règles doivent être intégrées dans la structure de base conçue comme un système de coopération sociale, de manière à ce qu'il reste équitable au cours du temps, d'une génération à la suivante."
Ainsi, la juste répartition des richesses est aussi bien pensée à l'échelle de la vie humaine que sur une durée qui l'excède. Exemples : impôts, lois sur le legs et l'héritage.

4. "(...) le principe de différence s'applique aux institutions, considérées comme des systèmes de règles publiques (...)". Il impose des taxes, mais c'est la seule intervention durable que s'autorise l'Etat, et elle est prévisible, concertée, et surtout, en accord avec les principes de justice. De plus, les taxes n'ôtent à personne une éventuelle légitimité à revendiquer quelque richesse méritée : elles sont juste une application du principe de différence, censé favoriser les plus démunis sans empêcher les autres d'évoluer. (j'ai de gros doutes sur ma lecture de ce paragraphe ; notamment à cause de l'expression "justice procédurale PURE")
Ce passage est une réponse aux critiques du néo-libéral Nozick. 

Section 15 : La structure de base comme objet ; premier type de raison, p82

1. Pourquoi faire de la structure de base l'object premier de la justice par équité ? Deux types de raisons sont évoquées. "Le premier insiste sur la manière dont les institutions sociales fonctionnent et sur la nature des principes requis pour gouverner ces institutions au cours du temps de manière à préserver la justice du contexte social".
C'est en cela que Rawls rompt avec Locke, par exemple. Une société à la Locke part d'une situation initiale équitable, instaure des règles censément équitables, mais ne fait rien contre l'enrichissement de certains et l'émergence des inégalités. En ceci, elle contredit le second principe de justice rawlsienne.

2. Le manquement se situe donc au niveau de la "durée". Il y a une apparence d'équité et de liberté, dans une société lockienne, mais très vite la situation se dégrade, parce que rien ne veille au respect de principes qui chapeauteraient le système.
La durée, c'est la raison d'être des "règles de justice du contexte social". Pour maintenir la situation équitable, Rawls propose, comme on l'a vu, de réguler l'accès à la propriété (lois sur l'héritage par exemple) et de faire en sorte que l'éducation soit accessible à tous. Cela n'annule pas la nécessité de principes régulateurs des échanges entre particuliers et associations, mais la complète, tâche d'inscrire la situation d'équité dans une sorte de permanence.

3. Ainsi, alors que chez Locke, les principes encadrent des transactions des individus et des associations en se concentrant sur eux, Rawls préconise d'établir d'abord un cadre juste, au sein duquel ces mêmes individus et associations pourront évoluer quasi-librement. Ce cadre, c'est la structure de base.
L'avantage que l'on a à considérer les choses ainsi, c'est que l'on est hors-contexte : les principes de justice ne prennent en compte ni les situations particulières des individus, ni une hypothétique genèse des sociétés ("mythe !"), et pourtant sont publiquement reconnus comme justes. Du même coup, ils vont donc jusqu'à légitimer une distribution des richesses pas forcément égale, mais toujours équitable.

Section 16 : La structure de base comme objet : second type de raison, p85

1. Le second type de raison s'adresse à l'effet même de la structure de base sur les perspectives de vie des individus. Dans toute société, on a d'emblée trois types de contingences qui peuvent affecter ces perspectives :
(a) la classe sociale
(b) les dons innés (et non réalisés)
(c) les aléas du hasard, la chance (chômage, maladies;..etc)
La question qui se pose à la justice comme équité, dans ce contexte, c'est de savoir comment réduire au maximum les inégalités résultant de ces contingences, et lesquelles sont éventuellement acceptables.

2. Mais finalement, quelle est l'influence de la structure de base dans tout cela ?
D'abord, elle a pour Rawls un véritable rôle éducatif. Ses institutions ne se cantonnent pas au "rôle étroit d'une conception politique" (cf H.L.A Hart). Elles sont censées faire prendre conscience au citoyen d'une conception de lui-même comme personne libre et comme l'égal des autres.
Autre chose : il y a chez chacun des ambitions, des projets, une idée du futur qui dépend à la fois de ses dons innés et de sa position sociale, donc d'inégalités qui lui sont propres, mais aussi des possibilités de développer ses dons (donc de l'éducation) et "des principes publics de justice que la société, en plus de professer, met en oeuvre plus ou moins efficacement pour régir les institutions de la justice du contexte social".

3. "En définitive, nous considérons que la structure de base est l'objet premier de la justice comme équité pour les deux types de raisons relevés dans cette section et la précédente. Cette structure comprend les institutions sociales au sein desquelles les êtres humains peuvent développer leurs capacités morales et devenir des membres pleinement coopérants d'une société de citoyens libres et égaux. En tant que cadre qui préserve la justice du contexte social au cours du temps, d'une génération à la suivante, elle réalise l'idée (centrale dans la justice comme équité) de la justice procédurale pure du contexte social comme processus social idéal : c'est l'argumentation du premier type de raison. Elle joue également le rôle public qui consiste à éduquer les citoyens à se concevoir comme libres et égaux, et lorsqu'elle est correctement gouvernée, elle encourage en eux des attitudes optimistes et confiantes dans leur avenir, ainsi qu'un sentiment d'être traités équitablement grâce aux principes publics dont chacun considère qu'ils régissent effectivement les inégalités économiques et sociales : c'est l'argumentation du second type de raison."

Section 17 : Qui sont les plus défavorisés, p88

1. Il faut d'abord introduire une notion importante, celle de biens primaires. Ils désignent le strict nécessaire, autant socialement qu'économiquement, pour qu'un citoyen puisse se réaliser en tant que "personne libre et égale" (aux autres). Ce dernier doit ainsi être en mesure d'exercer ses deux facultés morales et de poursuivre sa conception du bien.
On identifie la nature de biens primaires en se focalisant à la fois sur la personne (psychologiquement, socialement, historiquement), mais aussi sur le régime politique dans lequel elle évolue. Rawls s'intéressera aux biens primaires permettant la réalisation de la personne dans une société démocratique.

2. Cinq sortes de biens primaires :
(i) "Les droits et libertés de base"
(ii) "La liberté de mouvement et le libre choix d'une occupation"
(iii) "Pouvoirs et prérogatives attachés aux fonctions et aux positions d'autorité et de responsabilité"
(iv) "Le revenu et la richesse"
(v) "Les bases sociales du respect de soi-même"

3. Les inégalités portent toujours sur ces biens primaires, sur les attentes raisonnables qui sont celles des citoyens vis-à-vis de ceux-ci, et donc sur leurs perspectives de vie.
-Dans la plupart des systèmes de coopération, une tendance des plus défavorisés concerne le revenu et la malchance (sans pour autant que ce soient les "attributs" exclusifs des moins bien lotis !). Si l'on veut un système juste, il faut réfléchir au système de coopération dans lequel les plus défavorisés seront moins mal lotis que leurs homologues issus d'autres systèmes de coopération.
-Caractère objectif des biens primaires. Pour (v) du paragraphe précédent, par exemple, on ne considère pas le respect de soi-même en tant qu'attitude singulière, mais en ce qu'elle est en germe chez tout individu, et donc potentiellement stimulable. Ainsi, les "bases sociales" dont il est question en (v) sont plutôt des incitations, des appuis pour le respect de soi même. Par exemple, "le fait institutionnel que les citoyens soient libres et égaux, la reconnaissance publique de ce fait et de ce que chacun approuve le principe de différence, qui exprime lui-même une forme de réciprocité".
-Les biens primaires présentent en fait une "conception partielle du bien", c'est-à-dire une conception politique, indispensable à l'élaboration d'une justice quelconque, mais indépendante des conceptions du bien liées aux doctrines englobantes. C'est pourquoi on la dit partielle. Elle doit être le lieu d'un accord entre les partisans de doctrines opposées.

4. Une petite remarque pour clore cette section. Il y a deux façons de dresser la liste des biens primaires :
-bidouiller une sorte moyenne des conceptions du bien des différentes doctrines englobantes, pour mettre en évidence les biens primaires à même de toutes les satisfaire un minimum
-ou utiliser la méthode de la justice comme équité, càd partir de l'idée de société conçue comme système équitable de coopération sociale, et tout élaborer en fonction de l'idée de personnes libres et égales qui lui est inhérente. On ne tient dans ce cas aucun compte des doctrines englobantes, mais on permet leur évolution (leur entrée en rapport de force avec le système de coopération, aussi, si elles sont vraiment trop incompatibles avec lui)

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Section 18 : Le principe de différence : sa signification, p93

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1. Hypothèse de départ : "(...) sans la coopération, rien ne serait produit et il n'y aurait rien à distribuer".
Explication de la figure 1 :
-GPD = Groupe des Plus Défavorisés
GPF = Groupe des Plus Favorisés
Ces sont les deux groupes de la coopération sociale. On les définit exclusivement à partir du système de coopération dans lequel ils évoluent, et l'on calcule leur écart selon un indice censé mesurer leurs biens primaires. Celà dit, si l'on se réfère à la liste des biens primaires dressée plus haut, on se demande comment libertés, droits et respect de soi-même peuvent être reportés sur une échelle chiffrée. En fait, il me semble que, suivant les précisions de la section 17.3., c'est seulement sur la mesure de la richesse que l'on s'appuie dans ce graphique... Autrement, ça n'aurait pas de sens.
-La ligne des 45° représente l'égalité.
-La courbe OP modélise l'évolution de la production issue de la coopération.
-Les lignes parallèles sont des lignes de justice égales. Elles illustrent le principe de différence en ceci qu'à chaque progrès horizontal de la courbe OP, un progrès vertical doit être associé, comme un saut, qui favoriserait les GPD en réponse à l'augmentation du niveau de vie des GPF.
-D est le "point efficace le plus proche de l'égalité". Je me permets un petit rappel sur le "principe d'efficacité", car la note de Rawls en début de section, y renvoie. Le point sur cette notion est donné de façon complète au §12 de la Théorie de la Justice, pp99 à 102, mais je ne l'ai pas à portée de main... Je cite donc un article de Philippe Adair, intitulé La Théorie de la Justice de John Rawls, contrat social versus utilitarisme, et disponible à cette adresse :
p81 :
"La réflexion de Rawls s'inscrit dans la tradition de la philosophie des droits naturels et de la doctrine du contrat social ; elle propose une alternative valide à la doctrine utilitariste qui consiste à instaurer le primat du politique sur l'économique, à subordonner l'optimum de Pareto à un optimum social"

Plus loin, pp84-85, à l'occasion de l'explication du principe de différence, il est écrit :
"Ce qui semble relever d'un préjugé égalitariste et discriminant s'avère en fait une solution à la fois plausible et nécessaire à la détermination de l'optimum social. Il s'agit de combler, quant à la répartition, le vide qu'engendre le critère d'optimalité de Pareto que Rawls dénomme "principe d'efficacité". Le critère de Pareto énonce qu'une configuration est efficace s'il est impossible de la modifier de telle sorte que l'on puisse améliorer la situation d'au moins un individu sans détériorer celle d'au moins un autre individu (Pareto, 1906).
(...) le critère de Pareto permet d'aboutir à l'optimum économique (...).
Rawls propose (...) d'inverser la démarche en posant préalablement l'exigence d'une juste répartition qui soit compatible avec le "principe d'efficacité". En d'autres termes, Rawls subordonne l'efficacité qui doit régner au sein de la structure socio-économique à la fraternité"
nb : l'auteur de l'article que je cite avait assimilé, plus haut, le principe de différence à la notion de fraternité.

-Avant D, donc, à chaque intersection de la courbe OP avec une ligne de justice égale, le principe de différence est respecté.
-Le point N situe Nash, qui maximise le "produit des utilités", et le point B, Bentham, "où la somme des utilités individuelles est maximisée".
-Le point F est le point féodal : une ligne verticale en fait. Les plus riches s'enrichissent, et paix à l'âme des autres. 

2. "Un système de production est en grande partie défini par la manière dont ses règles publiques organisent l'activité productive, spécifient la division du travail, assignent des rôles variés à ceux qui y sont engagés, et ainsi de suite".
Chaque système est différent en ce qui concerne la répartition des salaires et rémunérations. Pour Rawls, il est juste qu'une fonction à hautes responsabilités soit mieux rémunérée qu'une autre.
Il parle aussi d'efficacité des systèmes. Chacun d'entre eux possède son propre tracé pour la courbe OP. Plus la courbe OP d'un système arrive haut et, à hauteurs égales, plus son maximum se situe à l'est du graphique, plus le système est dit efficace.
Le rôle du principe de différence est de faire en sorte que le point D soit atteint.

3. Une caractéristique du principe de différence se développe sous deux aspects :
-d'abord, en ce que le principe de différence n'exige pas une croissance infinie. La seule nécessité pour le respecter, c'est que l'on se situe sur la partie croissante de la courbe OP. Autrement dit, si les attentes légitimes du GPD augmentent ou diminuent, il faut que ce soit en fonction de celles du GPF. C'est tout.
-ensuite, le principe de différence exige que l'on améliore le sort des défavorisés, tout en respectant leurs libertés, dont celle d'être sans-emploi ("La priorité de la liberté signifie que nous ne pouvons pas être forcés de nous engager dans une activité laborieuse qui serait hautement productive en termes de biens matériels", p97)

4. Une question : pourquoi, parmi les trois facteurs contingents menant à l'inégalité (section 16.1.), le genre et l'origine ethnique par exemple, ne sont pas pris en compte ? (alors que les discriminations sont un fait avéré)
Tout simplement parce que la justice comme équité est d'abord une théorie, hors-historicité. Elle présuppose la liberté et l'égalité des chances. Et les plus défavorisés ne sont reconnus que par comparaison des richesses (donc d'un type de biens primaires), indépendamment de tout trait physique, donc.

5. Le principe de différence existe toutefois aussi pour prévenir les effets d'une éventuelle discrimination. Si les femmes sont défavorisées, par exemple, il faudra faire en sorte compenser cela en leur donnant plus. Mais "dans une société bien ordonnée de notre temps, (...) la justice comme équité suppose que les positions pertinentes représentatives définies par les biens primaires doivent suffire".

6. Cette dimension de la justice comme équité n'avait pas été traitée dans la Théorie de la Justice, par omission.

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Section 19 : Objections au moyen de contre-exemples

1. On teste les principes de justice mis en évidence à partir de trois contre-exemples. Les deux premiers sont liés.
(a) on suppose que la courbe OP est très faiblement croissante jusqu'au point D. GPD est clairement défavorisé.
(b) après le point D, on suppose OP très faiblement décroissante. GPF semble défavorisé, mais je n'ai pas saisi pourquoi (fugitivement, je me suis dit que c'était peut-être parce qu'alors qu'ils continuent à faire du profit, aux dépends cette fois des GPD, la richesse de ces derniers ne diminue pas vite : le système de taxes serait trop sévère ?! Pourtant, ils continuent d'amasser, et l'argumentation rawlsienne en réponse à ce contre-exemple a l'air de contredire l'interprétation que je viens de donner dans cette parenthèse, puisqu'il explique que grâce au système de taxes, cette courbe, de pente si faible, n'est pas possible...)

Répliques rawlsiennes :
(a) Il est très peu probable que cette courbe soit réalisable dans un système soumis aux deux principes de justice (liberté, égalité des chances). Dans un tel système en effet, chacun peut développer ses dons par l'éducation, et tous les postes sont accessibles à tous (moyennant compétences requises). Donc il est impossible qu'un groupe de favorisés clôt ne se forme. Les défavorisés peuvent toujours "décoller", diminuant ainsi la proportion de défavorisés, ce qui se traduit par une pente de courbe plus raide.
(b) Il existe un système de taxation pour transférer aux plus défavorisés une part de ce que gagnent les plus favorisés. Donc cette courbe ne peut exister dans le système que nous décrivons. Et je ne vois absolument pas pourquoi. Je peux te scanner le passage si tu veux... :) :)

2.-Les deux principes de justice ne peuvent conduire à ce genre de courbes.
-Le but de la justice comme équité est considéré comme atteint si le principe de différence est réalisé dans un système régi par les deux principes.
-Le principe de différence ne stipule EN AUCUN CAS que le ratio entre la part des plus favorisés et celle des plus défavorisés doit être compris dans une fourchette précise.
-Le principe de différence n'est pas égalitaire en ce qu'il prêcherait l'égalité des parts ; mais il l'est dans un sens qui sera développée dans la 3ème partie : il sélectionne le point efficace D, le plus proche de l'égalité (avant D, ce ne sont pas des points efficaces ; après D, c'en sont, mais ils sont de plus en plus loin de l'égalité).

3. Troisième contre-exemple (longs remerciements, en note, de Rawls à Brian Barry, qui est l'auteur de cette critique ayant mené à la révision du principe de différence) :
        Indiens      Britanniques
(1)    100           100
(2)    120           110
(3)    115           140
Posons ces trois situations sous trois constitutions différentes.
Le principe de différence sélectionne la constitution (3), parce qu'alors les plus défavorisés sont plus favorisés que sous n'importe quel autre système.
Un reproche que fait Rawls à l'auteur de cet exemple, c'est d'avoir donné aux "individus" des dénominations trop rigides. Indiens, Britanniques... Les individus constituent alors des groupes séparés en fonction de leurs particularités physiques...
Les chiffres quant à eux, indiquent que les plus défavorisés dans un système de coopération donné peuvent très bien être les plus favorisés dans un autre.

4. Pour justifier cette élection de la constitution (3) par le principe de différence, Rawls s'appuie sur la notion de "voisinage". En fait, la structure de base est organisée en différents systèmes de coopération qui, lorsqu'ils sont proches (pas dans l'espace d'après ce que je comprends), peuvent être dits au voisinage les uns des autres. On considère que c'est à ce voisinage qu'il faut se référer pour jauger la richesse. Ainsi, la vraie question n'est pas "pourquoi 3 et pas 2 ?", mais "pourquoi 3 et pas 1 ?". La réponse, c'est que par rapport au voisinage, 1 est la pire des options possibles. Au contraire, nous dit Rawls, "dans le voisinage de l'option (3), il n'existe aucun autre arrangement qui pourrait améliorer le sort des Indiens en détériorant celui des Britanniques". Pour comprendre cette phrase, il faut considérer, je pense, que seules les trois options présentées dans l'exemple existent. A ce moment là, on voit bien que, rapportée à chacune des autres options, (3) est numériquement plus avantageuse pour chaque groupe, en dépit de l'incroyable écart qui sépare alors Indiens et Britanniques.

5. -Remarques sur le caractère artificiel de ce contre-exemple-qui-n'en-n'est-pas-un : avec les principes de justice de la justice comme équité, les classes Indies/ Britanniques ne voudraient rien dire au niveau de la richesse... elles seraient sensiblement égales à ce niveau, parce qu'aussi bien les Indiens que les Britanniques pourraient accéder aux statuts les plus favorisés. Il y aurait dans chacun de ces deux groupes (artificiels) des mieux et des moins bien lotis.
- Objection possible de la part des Indiens (oui, car depuis 4, on est dans la situation fictive d'une justification du choix de la constitution (3) au groupe des Indiens): ils seraient mieux lotis dans le système (2). Seulement, rétorque Rawls, le principe de différence n'est pas un principe d'intérêt mais de réciprocité. Il stipule que les moins bien lotis doivent être mieux lotis que dans n'importe quel autre système compatible avec les deux principes de justice. C'est quelque chose qui concerne le niveau de vie de la communauté.

(mais je me demande si l'écart significatif entre les revenus/richesses des deux groupes ne peut pas permettre à l'un d'exclure l'autre groupe d'un certain nombre d'activités dont le prix serait exprès calibré aux dimensions du luxe. Pour prendre un exemple parlant, on pourrait évoquer Moscou, royaume par excellence du clivage entre riches et pauvres. Evidemment, leur système n'a rien de comparable avec celui qu'évoque Rawls, mais je cite ça juste à cause de l'étrange tableau que brossent ce genre de sociétés où l'extrême richesse côtoie la misère. Ca parlerait plutôt en faveur de l'établissement de limites qui encadreraient les "ratios" de parts, dont parlait Rawls plus haut. Mais c'est justement ce que le principe de diffénce interdit, et moi, je dis ça "en l'air" sans savoir de quoi je parle.)
-"J'ai analysé cet exemple pour illustrer le soin qui doit être pris à élaborer des contre-exemples au principe de différence. L'exemple nous rappelle : (a) que ce principe ne s'applique que lorsque les principes qui ont priorité sur lui sont satisfaits [[entre deux crochets, ce sont les notes de ma patte : ici, pour préciser que ce (a) peut aussi se réfèrer aux deux premiers contre-exemples]], (b) qu'il présuppose l'existence d'un certain continuum de structures de base réalisables [[c'est de cela qu'il était question avec la notion de voisinage]], (c) que des exemples numériques arbitraires peuvent aisément nous induire en erreur sauf si nous prêtons soigneusement attention au contexte institutionnel accessible au sens commun [[cf le passage du "pourquoi (3) plutôt que (1), l'égalité parfaite ?]], (d) que le principe de différence est un principe de justice et non un appel  l'intérêt d'un groupe particulier [[cf objection des Indiens]], enfin et bien entendu (e) que les positions sociales pertinentes doivent être correctement spécifiées (non pas, par exemple, au moyen de désignateurs rigides) [[donc il faut travailler sur quelque chose d'aussi impersonnel que "groupe A" et "groupe B", car la répartition "Indiens" et "Britanniques" n'a, économiquement, aucune portée, et complique les choses...]].
Si nous appliquons le principe de différence isolément, en ignorant ces points, nous aboutissons à un non-sens."


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